Histoire du FPI

Après la proclamation de l’indépendance, le parti unique s’était installé, aucune opposition officielle ne pouvait exister, la délation était devenue un moyen privilégié d’ascension sociale. Le mouvement syndical des travailleurs avait été embrigadé pour faciliter l’installation du néocolonialisme français.

Toutefois, dans la deuxième décennie après l’indépendance, les enseignants du secondaire et ceux de l’enseignement supérieur et de la recherche étaient parvenus à créer des syndicats autonomes que le régime considérait comme des nids d’opposants.

C’est dans ce contexte que naît progressivement le Front Populaire Ivoirien (FPI), produit d’une longue histoire qui peut être divisée en trois périodes.

I- L’époque des luttes clandestines

Dans le contexte du parti unique, toutes les mentalités y compris celles des intellectuels, étaient influencées par trois grandes tendances :

  • La tendance dominante était l’adhésion totale au régime ;
  • La deuxième tendance était la résignation symbolisée par ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire ;
  • La troisième tendance était celle de la résistance qui s’exprimait par la mise en place d’organisations clandestines de lutte. Elle était le fait d’une minorité d’intellectuels qui avait une conscience politique et une perception aigüe des problèmes de la société ivoirienne.

  • Le serment de Strasbourg

Des éléments de cette dernière tendance étaient à l’origine en 1969 du serment de Strasbourg fait par quatre étudiants ivoiriens : Zadi Zaourou, Laurent Gbagbo, Traoré Amadou (le puissant), Assoua Adou.

C’est le serment de Strasbourg qui est le premier acte qui conduira plus tard à la naissance du FPI. Zadi Zaourou et Laurent Gbagbo entrent en Côte d’Ivoire en 1970.

Zadi est recruté à la faculté de Lettres à l’Université de Cocody, Laurent Gbagbo est enseignant au Lycée classique d’Abidjan. Les deux camarades  recrutent des étudiants et des élèves pour constituer des cellules clandestines.

  • La lutte clandestine

Le Front Populaire Ivoirien est donc le fruit d’un long processus historique qui a commencé en Côte d’Ivoire par des cellules politiques clandestines, de tendance marxiste.

La naissance du FPI est la conséquence de l’expérience de ces cellules marxistes qui connaissaient de nombreuses scissions pour des divergences idéologiques ou politiques, des difficultés de recrutement et la fatigue du travail clandestin.

Tirant les leçons de ces difficultés, la Direction de ces cellules clandestines a appréhendé la nécessité de la création d’un vaste mouvement démocratique. L’idée est adoptée à une Conférence Nationale des Cadres (CNC) en décembre 1979.

  • La création du FPI

En février 1982, le commissaire politique de l’organisation clandestine Laurent Gbagbo est menacé par le régime Houphouët à la suite du refus par le régime d’une conférence qu’il devait animer à la cité rouge de Cocody à la demande des étudiants de la faculté de droit. Le régime accuse de complot certains intellectuels de l’ethnie bété dont Laurent Gbagbo. En mars 1982, un départ en exil s’avère nécessaire pour le camarade Gbagbo.

Le 27 mars 1982, à la veille de son départ en exil, Laurent Gbagbo, Sangaré Abou Drahamane, Kokora Pascal, Simone Ehivet Gbagbo et Emile Boga Doudou décident dans l’appartement de Pascal Kokora de la création d’un parti socialiste qui sera dénommé Front Populaire Ivoirien.

De son exil, Laurent Gbagbo fait connaître la lutte de l’opposition clandestine en Côte d’Ivoire à travers l’ouvrage : Côte d’Ivoire pour une alternative démocratique (1983, Harmattan) ; le premier programme de gouvernement du FPI : Propositions pour gouverner la Côte d’Ivoire (1987, Harmattan).

Le 13 septembre 1988, le camarade Laurent Gbagbo revient d’exil et les 19, 20 novembre, se tient le congrès constitutif du FPI dans une plantation de palmiers à huile de Dabou avec vingt délégués représentants les structures de base existantes.

A cette époque, la lutte politique clandestine s’imposait parce qu’en plus de l’absence de démocratie dans le pays, sous le parti unique, la dette extérieure était devenue lourde, le déficit des finances publiques chronique, les institutions financières internationales avaient donc décidé d’imposer des plans d’ajustement structurel (P.A.S). Ces plans avaient pour conséquence un cortège de fermetures d’entreprises publiques, de bradages du patrimoine de l’Etat, de chômage et d’accroissement de l’insécurité et de la misère.

En conséquence, le front social était en ébullition.

C’est donc dans ce contexte que va réapparaître le multipartisme en 1990, à la faveur d’une part de la pression des luttes des travailleurs ivoiriens et d’autre part du vent de démocratisation qui avait soufflé sur les Etats de l’Europe de l’Est.

Malgré la résistance de la droite ivoirienne et de ses suppos extérieurs, le multipartisme a été proclamé le 30 Avril 1990, sous la pression de la rue et le FPI s’est fait enregistrer officiellement  le 31 Mai 1990.

 II – La période des luttes légales

A la faveur du multipartisme, le F.P.I tient son premier Congrès ordinaire en Septembre 1990 à l’hôtel Ivoire, après une cérémonie d’ouverture faite au Parc desSports, dans le quartier populaire de Treichville.

Le F.P.I participe à l’élection présidentielle d’octobre 1990. Officiellement, son candidat Laurent GBAGBO  est crédité de 18% des suffrages exprimés.  Le Président sortant, Félix Houphouet Boigny est proclamé vainqueur sur la base de résultats ‘’global partiel’’.

  • Les luttes pour des élections transparentes

Au regard des déséquilibre intégré dans le code électoral de décembre 1994, le FPI s’abstient de participer à l’élection présidentielle de 1995.

En effet, les dispositions introduites dans le code électoral ne garantissaient pas une élection transparente.

Aussi, les revendications du FPI étaient les suivants :

  • Une commission indépendante chargée des élections ;
  • Un bulletin unique pour tous les candidats;
  • Des urnes transparentes ;
  • Le vote des jeunes à 18 ans ;
  • Les procès-verbaux multiples.

Les  revendications du FPI n’avaient pas prospéré de 1994 à 1999.

  • La satisfaction des revendications de conditions justes et transparentes

Toutefois, elles ont été satisfaites sous la transition militaire dirigée par le Général GUEI Robert de décembre 1999 à octobre 2000.

III- L’exercice du pouvoir

  • La mise en œuvre de la politique de la refondation

A l’occasion de l’élection présidentielle d’octobre 2000, le camarade Laurent GBAGBO, candidat du F.P.I gagne avec plus de 59% des suffrages exprimés.

Après la mise en place du premier gouvernement de la deuxième République, le F.P.I avait engagé la politique de la Refondation de la Côte d’Ivoire. Cette politique marquait une rupture avec les anciennes pratiques néocolonialistes.

  • Les entraves à la politique de la refondation

Des politiciens sécrétés par le parti unique en accord avec l’ancienne puissance colonisatrice ont plongé le pays dans une crise politico-militaire du 19 Septembre 2002. Cette crise a abouti à la chute du Président Laurent Gbagbo par un coup d’Etat militaire international le 11 avril 2011.

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